Alpha, vu par l’Est Républicain

« Depuis Abidjan, la gare du Nord s’éclaire d’une lumière éblouissante dans l’imagination d’Alpha. Mais ce modeste candidat à l’immigration sait bien que, faute de visa, la route qui conduit au quai de gare parisien n’a rien de lumineux, au contraire. Alpha, un « simple » roman graphique aux effets absolument dévastateurs pour notre bonne conscience occidentale…

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Malgré son nom, le dénommé Alpha ne fait pas partie des dominants. Il est né en Afrique, et à ce titre ne peut guère prétendre qu’endurer l’injustice du monde. Ou partir. Mais à quel prix…
Depuis Abidjan où il gagne (très modestement) sa vie comme ébéniste, Alpha a un objectif bien précis à atteindre : la Gare du Nord où sa belle-sœur est installée dans un salon de coiffure, et où il a envoyé il y a un an sa femme et son enfant. Certes il n’a aucune nouvelle ni des uns ni des autres, mais il se sait attendu.
Hélas, après avoir tenté la voie légale pour traverser la moitié d’un continent et rejoindre l’Europe, devant l’absurdité de la bureaucratie qui lui dresse des formulaires comme on dresserait un mur de fer barbelé, il se résout au voyage clandestin. Et à ses incertitudes. Ou plutôt à la certitude qu’il va en baver…
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Savates crevées de trop traîner dans les déserts
Alpha, roman graphique imaginé par Bessora, c’est l’histoire d’un départ, d’un crève-cœur, puis d’un crève-savates à force de les user sur les chemins et déserts… C’est l’histoire d’un homme comme ils sont des milliers que la terre d’Afrique semble expulser de sa surface pour échouer dans des bidonvilles de transit, ou sur des côtes limitées dans l’espace comme le serait une impasse sur une carte. Ou pire encore : noyés au fond des eaux. Ils sont finalement rares à atteindre le prétendu Eldorado.
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Dans ce grand flux humain qui tente de se déverser d’un continent l’autre, des solidarités se nouent et se dénouent. Une fille perdue croise ses pas, un enfant abandonné lui est confié dont il se sent responsable. Mais peut-on s’offrir le luxe de la solidarité lorsqu’il est question de survie ?
Goutte-à-goutte sur le front des suppliciés
Alpha (comme Alpha Blondy) est mû plus par la nécessité que par un rêve, et même s’il se fait une image un peu fallacieuse du Paradis européen, il n’a rien d’un naïf ignorant. Au contraire, c’est avec une ironie grinçante qu’il semble ingénument poser les faits : ces administrations hostiles, ces passeurs vautours, ces profiteurs divers semés sur son chemin comme autant de chausse-trappes sous ses pas.
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L’écrivaine Bessora, fille d’un diplomate gabonais, qui reconnaît volontiers avoir été épargnée par la plupart des maux africain, a pourtant trouvé ici un ton brutal d’authenticité. Et de simplicité. De courtes phrases tombent au goutte à goutte sur le récit d’Alpha comme l’eau le ferait sur le front du supplicié. Elles légendent les grandes images de Barroux, dont le trait au feutre, d’une simplicité féroce elle aussi, dégage une puissance iconique. On est si loin de l’exotisme ensoleillé des cartes postales que c’en est douloureux. Mais, disons-le puisqu’on ne le dira jamais assez, on aurait mille fois tort de détourner les yeux…

Ma note : 4/4« 

 Par Lysiane Ganousse

Pour marque-pages : Permaliens.

4 réponses à Alpha, vu par l’Est Républicain

  1. François Prunier dit :

    Un succès qui fait plaisir !

  2. François Prunier dit :

    Un succès qui fait plaisir !

  3. Le vrai et seul Bruno dit :

    Ich liebe dich

  4. Le vrai et seul Bruno dit :

    Ich liebe dich

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