Zoonomia, trailer n°1


Cher lecteur, dear lectrice, veuille trouvez ci-dessous un extrait savamment collecté dans Zoonomia, afin de t'inciter à courir sans tarder en librairie, où tu exigeras ton premier tome de la Dynastie des Boiteux


Membre distingué de toutes sortes de clubs, le vice-amiral Harrison Myles Ford Standish s’adonnait au bourbon, à la collection d’armes et de trophées de chasse, chez lui presque une maladie, moins avancée que la dégénérescence de son cerveau, et de ses intestins. Ce vieil explorateur vouait une passion flatulente à l’Afrique et à l’Alaska, territoire malheureusement sous domination russe, alors que les autochtones préféreraient la tutelle américaine. Grand ami des Aléoutes et autres Abyssiniens, Standish détestait depuis toujours le cricket et excellait encore au polo, une discipline qu’il avait tenté d’introduire en Éthiopie dix ans plus tôt, avant de se rendre compte que les Éthiopiens l’avaient déjà inventée. Bah, il avait quand même ramené de ce pays quantité de peintures des débuts de l’ère chrétienne, qui dépeignaient des épisodes bibliques. Car il était aussi chrétien que pétomane. Un peu dur d’oreille, et l’odorat très amoindri, il ignorait tout de ses ventosités.

Tu en eus la primeur.

Tu en étais effaré.

Émanations d’un aventurier que la vieillesse n’avait pas épargné.

Devenir vieux et gâteux quand on était explorateur ?

La salle d’armes embaumait de cette odeur de vieilles peaux et de pet. Elle était pourtant le lieu plaisant où le vieil homme donnait ses réceptions, recrutait ses employés, et recevait ses amis, et les amis de ses amis. Tu faisais partie de la dernière catégorie.

Il bâilla. Puis il croisa les jambes. Puis il ne s’entendit pas venter. Alors tu aperçus, à côté du sofa, un invraisemblable pied d’éléphant. Vidé,  il servait de sac à des clubs de golf et à des maillets de polos.

Que m’amenez-vous que je n’aie pas déjà ? hurla-t-il (sa surdité), avec un ton un peu blasé.

Intimidé, car il était vraiment de la haute, tu t’avanças, butas sur un bouclier masaï adossé au pied de la grande table centrale, trébuchas sur le manche d’une lance qui aurait dû être rangée dans sa vitrine, mais se trouvait là, sans doute par une négligence du personnel.

Courtoisement, Standish t’invita à prendre place sur une chaise aux accoudoirs rembourrés. Elle était habillée du pelage de plusieurs singes d’Afrique orientale. En série, il les avait tués.


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