Un chauffard de l’édition pris la main dans le sac

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A tombeau ouvert, je roulais vers un estuaire girondin. La voix de mon éditrice chantait dans ma mémoire :  « Non, il n’y a pas eu de pilon. Légalement, nous devons prévenir l’auteur en cas de destruction de livres. Tu n’as pas été prévenue, donc il n’y a pas eu de pilon. »


 

Mais alors, où étaient passés les 4.233 exemplaires qui manquaient au stock ?
Lancée à 156 km/h sur cette autoroute charentaise, je questionnais cette énigme comptable. Et je me rappelai mon insistance lourdaude, mon éditrice que j’avais à nouveau questionnée :
− Non, m’avait-elle répondu, il n’y a pas eu de pilon. Simplement, des livres retournés n’ont pas été réintégrés en stock.

 

Ecrivain analphabète, je ne comprenais pas ce langage ésotérique. Un écrivain ne se mêle pas de comptabilité, c’est vulgaire. Pourtant, je pris ma plume pour réclamer des justificatifs (terme vulgaire désignant une chose plus vulgaire encore). Ce courrier au siège social me fut aussi l’occasion de demander les raisons d’une retenue appliquée à mes droits.

 

Après moult péripéties recommandées avec avis de réception, une version officielle émergea enfin, par la voix d’une direction juridique. Bon, d’accord, il y avait bien eu des pilons. Deux fois, on avait détruit des livres. Et alors ? Il ne s’agissait que d’opérations de gestion, bien normales. Quant aux retenues sur mes droits, avais-je bien lu mon contrat ? Expressément, elles étaient prévues en son article 10. Restant à ma disposition, la personne juridique me priait d’agréer…
Expressément, je relus mon contrat.
Nulle trace de cet article 10.
Une direction juridique qui en appelle à une clause contractuelle qui n’existe pas, cela appelle la plus grande prudence…
Plus vulgaire que jamais, je réclamai de nouveaux justificatifs. Toutefois, chère personne juridique, si vous voulez bien me rendre mes droits, d’accord, je renonce à mes exigences de preuves.

 

Moult péripéties plus tard, la personne juridique veut bien me rendre mes droits. Cependant, mes griefs appellent de sa part les plus expresses réserves. D’ailleurs, elle me prie expressément de renoncer à toutes demandes et prétentions fondées sur ces griefs.
Ok, on oublie tout, divorce prononcé, contrat résilié, droits rendus.

 

Quatre mois plus tard, cinq exemplaires tout neufs de Cyr@no sont mis en vente à Bastia. Pour 22 € au lieu de 18. Le mariage continuerait-il dans mon dos ? Après le pilon planqué, la retenue en loucedé, et les dénégations à la Cahuzac, la personne juridique s’autorise en effet à poursuivre la vente de mon livre, sur son site, chez son distributeur, dans des librairies. Et elle le réimprime à la demande.

 

Franchement, une personne juridique qui exploite votre livre sans contrat, ce serait comme un chauffard qui roulerait sans permis de conduire : cela appelle la plus grande prudence.
Enragée, j’appuie sur l’accélérateur, jusqu’à atteindre une vitesse de 168 km/h.

 

Plus vulgaire que jamais, j’écrivis un courrier incendiaire à la personne juridique. Qui me répondit. Ah ? Attendez, on fait des recherches. Oh ! Veuillez nous excuser, en effet, petit problème technique de notre côté. Un préjudice ? Quel préjudice ?

Dans mon dos hurlent les sirènes.

Flirtant avec la vitesse du son sur cette autoroute désormais girondine, je songe tout à coup qu’il faudrait créer un nouveau permis, un permis d’éditer.
Constitué d’un capital de douze points, il serait délivré à quiconque en ferait la demande.
Ainsi dotée de ce permis, cette personne juridique se serait vu infliger une amende, pour infraction au code de la propriété intellectuelle. Et le retrait d’au moins trois point de son permis.

 
 
 
 
 

Ecrivain analphabète, je ne comprenais pas ce langage ésotérique

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une direction juridique qui en appelle à une clause contractuelle qui n’existe pas, cela appelle la plus grande prudence…

 
 
 
 
 
 
 

Une personne juridique qui exploite votre livre sans contrat, ce serait comme un chauffard qui roulerait sans permis de conduire : cela appelle la plus grande prudence…

Site du distributeur Interforum

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Cyr@no, exploitation commerciale

1 an après le divorce, la mariage continue !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Tortue et escargot chauffard

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Une réponse à Un chauffard de l’édition pris la main dans le sac

  1. francois prunier dit :

    L’édition, c’est comme la FIFA, ça escroque à tout va ! Une vraie jungle… et quand tu danseras avec les anges, ils chanteront tes louanges et se gausseront de tes contemporains qui n’ont pas su reconnaître ton talent !

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