L’oligarchie expliquée à un ours bernois

ours bernois

 


Ta mère a le sang fort, me disait ma copine de classe, sans que j’y comprenne rien. Et l’oeil moite elle ajoutait, Toi au moins, tu nous défends, même si ta mère est blanche. Maman n’est pas blanche, je lui répondais, elle est suisse.


 

Comment l’aurais-je deviné, moi, que maman était blanche ? Exception faite des ascendants de Manuel Valls (colons suisses à l’ancienne), l’Helvète fait un piteux Blanc d’Afrique. Non pas qu’il s’exporte mal, mais il s’exporte mieux à l’intercantonal, ou en zone tempérée. Et encore, quand il est d’origine germanique, c’est une déchéance que de migrer en région vaudoise ou neuchâteloise. Pire encore l’exil vers l’ouest européen. La France, par exemple, c’est drôlement loin. Alors l’Afrique ? France Afrique, même combat : l’oligarchie.

 

par Damien Glez

par Damien Glez

 

Toisée par la tribu des expats, maman fait bande à part, façon ours bernois calviniste. Quand, un jour de 1989, des balles sifflent aux oreilles du parti unique, et des expats pétroliférés, un journal vaudois titre fièrement Contre vents et marrée, une suissesse reste au Gabon. Dernière Blanche dans la ville, traîtresse contre son camp jusqu’au bout, elle n’a pas pris ses jambes à son cou, et non plus ses bijoux. Ta mère a le sang fort, disait ma copine, et moi j’y comprenais rien.

Comme les premiers cantons, dits primitifs, le Suisse, à l’instar du Fang du Gabon, est un sauvage. Et moi bien souvent je préfère les sauvages aux civilisés. Prenez la démocratie, ou la politique étrangère. En cette matière, le sauvage est moins retors. Jamais il ne serait venu à l’idée d’un ours bernois d’aller bombarder la Syrie, ou de renverser Kadhafi.

Sur le plan politique, bien souvent l’ours bernois est sollicité : référendums, initiatives, votations… constamment on lui demande son avis sur tout et rien. Parfois, n’y comprenant rien, il vote n’importe quoi…

 
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Jamais il ne serait venu à l’idée d’un ours bernois d’aller bombarder la Syrie, ou de renverser Kadhafi.

 
 
 
 
 
 
 
 

En première mitan, la mauvaise haine gagne. En seconde mitan, la bonne haine empêche la mauvaise.

…mais au moins il peut se prétendre assez proche d’un certain idéal démocratique, celui qu’à Paris, on confond avec l’oligarchie.

En régime gaulois, le coq est très attaché à sa liberté d’expression. Alors, la veille des élections (choisis ton maître), le coq aboie. Non, il ne cocoricote pas, il aboie ses haines, qui sont de deux natures : la haine, et la haine de la haine.
La haine de la haine s’exerce contre la haine, incarnée par le parti de la haine, dit Front National. On pourrait croire que ce parti rassemble toutes les haines, mais non pas du tout, la haine n°1 n’a rien à voir avec la haine n°2, elle s’en veut tout à fait distincte, non mais pour qui vous la prenez, cette haine-là n’est pas une haine comme les autres, elle est aristocratique.

Selon les haineux aristocrates, le Front National est une abomination absolue (ils le haïssent, quoi). Mais il ne faut pas l’interdire, parce que liberté d’expression. Alors, il faut juste lui interdire de s’exprimer, en particulier ses électeurs, ennemis publics n°1, des gueux, misérables puants qui ne mériteraient pas d’exister. En tout cas pas plus que Bachar el-Assad. Ce gueux-là fait d’ailleurs l’objet d’une fatwa, proférée par un aristocoq dénommé Laurent Fabius. Coq-énarque de son état et scientifique politique, l’aristo de gauche a déclaré que non, non, non, Bachar ne devait pas exister sur cette terre.  » Et je pèse mes mots », a-t-il ajouté. Alors ne votez pas Front National, là.

 

Deligne

Et contre le FN

 

N’ayant pas connu le régime monarchique, l’ours bernois comprend mal la notion de vote en pays gaulois. Interrogé sur cette épineuse question, un coq gaulois répond : vous les Suisses, vous êtes des racistes qui n’ont rien compris à la démocratie ; un vote, ce n’est pas l’adhésion à un projet, c’est un défouloir. En première mitan, la mauvaise haine gagne. En seconde mitan, la bonne haine empêche la mauvaise de s’exprimer. Ce faisant, nous nous empêchons nous-même. D’où notre attachement à la liberté d’expression. Pour tous, bien sûr, à condition que les cons ferment leurs gueules, que les Arabes soient gentils, et qu’on puisse massacrer des Moyen-Orientaux moyenâgeux sans risque pour les plus importants d’entre nous.

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4 réponses à L’oligarchie expliquée à un ours bernois

  1. Un billet impitoyable, intelligent et talentueux ! Du grand Bessora ! Mais, à propos de sa mère ici brièvement évoquée, on aimerait du coup en savoir plus, comme on avait eu droit à un hommage très intéressant et émouvant sur son père, dans ces mêmes colonnes, il y a un ou deux ans.

  2. Le vrai et seul Bruno dit :

    « Un billet impitoyable, intelligent et talentueux ! Du grand Bessora ! Mais, à propos de sa mère ici brièvement évoquée, on aimerait du coup en savoir plus, comme on avait eu droit à un hommage très intéressant et émouvant sur son père, dans ces mêmes colonnes, il y a un ou deux ans. »
    Ce n’est pas de moi mais de François Prunier.
    Il est évident que je pense totalement le contraire. JNVSTP

  3. Bessora dit :

    Salopard ! …………

  4. Fred dit :

    Le climat politique est bien résumé.
    Et comme dirait Blondin, « la vie se divise en deux catégories d’Hommes : les pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette et les j’y-suis-alors-fais-pas-chier ! »
    On est pas sorti du sable…

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