Shéhérazade, Femen imaginaire en état d’ébriété

Croyez-moi, s’appeler Shéhérazade n’est pas un cadeau, quand on est féministe. Seulement voilà, mes  parents sont musulmans.  J’ai vingt ans, je suis née à Alger, et mes seins sont plutôt jolis. Je ne supporte pas la discrimination contre les femmes. Alors je suis entrée chez les FEMEN.
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Une militante féministe

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D’accord, il n’y a pas que les femmes. Il y a aussi les nains, les chômeurs,  les boiteux, tout ça tout ça.  Mais on ne lutte pas contre la discrimination sans discrimination : chacun son camp. Les femmes s’occupent des misogynes, les noirs des négrophobes, les homos des casseurs de pédés. Et les vaches seront bien gardées. Je ne suis pas contre une certaine forme de communautarisme, vous savez. Je suis même plutôt pour : c’est ça l’anti-racisme.
Quand un Noir fait des blagues sur les Juifs, vous ne trouvez pas ça suspect, vous ?
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Noir faisant des blagues sur les Juifs

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Je me souviens d’un jour, à Paris… Un type dans la rue a balancé comme ça : « Dommage qu’Hitler n’ait pas fini le travail ». Il ne plaisantait pas. Une femme l’a enguelé. Une chinoise, ou quelque chose comme ça. Alors l’autre lui a fait comme ça : de quoi tu te mêles, t’es même pas juive !
Deux rues plus loin elle se faisait traiter d’antisémite parce qu’elle prenait la défense d’un Palestinien. Alors qu’elle n’était même pas de Gaza (une Chinoise, je vous ai dit, un truc du genre).
Bien fait pour sa gueule, tout ça, elle n’avait qu’à rester dans son camp. Elle doit bien en avoir un, j’imagine, en Chine, ou dans un pays comme ça.
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Moi j’ai choisi mon camp, ma famille : les Femen. J’ai aussi choisi ma condition : je suis une femme opprimée. A titre personnel, je n’ai jamais pris une baffe, mais comme d’une manière générale, les femmes sont opprimées, j’ai pensé qu’il faudrait bien que ça m’arrive aussi.
Pour défendre le droit des femmes, j’ai commencé par aller pisser sur une croix, dans une église. Je ne crois pas en Dieu, je peux bien lui pisser à la raie, c’est pas trop difficle.
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C'est bien, ma chérie.

C’est bien, ma chérie.

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J’ai été récompensée : qu’est-ce qu’on a parlé de moi dans les journaux ! Une héroïne, j’étais devenue. Alors ensuite, j’ai fait caca dans un béinitier. Pas très risqué non plus :  jamais je ne trempe les doigts dans l’eau bénite. Par contre, je me suis pris une de ces raclées : un catho. Il m’a presque chié dessus, cet intégriste. Mais il a pris trois mois ferme, moi rien du tout, il y a quand même une justice.
Suite à cette agression misogyne,  je suis passée dans les journaux. J’avais un joli bleu sur l’oeil droit.
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J’ai bien aimé. J’aime bien quand on parle moi.  Mais le problème, c’est qu’il y a des filles plus féministes que moi : elles ont des seins et des crottes plus jolies. Par exemple, quand est blonde avec une tête de top model, c’est plus facile de devenir une  icône du droit des femmes. Moi, on aura beau faire, j’aurai toujours une gueule d’Arabe. Remarquez, ça peut aussi être un atout.
Au début de l’été, on ne parlait plus de moi dans les journaux. Pareil sur les blogs, plus un mot. Ça a commencé à me manquer. Vous savez, la célébrité, une fois qu’on y a goûté… Quand vous avez vu vos ecchymoses étalées en pleine page des plus grands magazines de France et de Navarre… Même à Londres, ils en avaient parlé.
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Moi aussi, j'étais une star

Moi aussi, j’étais une star

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Faut que tu crées l’évènement, je me suis dit.
Alors j’ai inventé cette histoire : un salafiste barbu m’avait tabassée en plein Paris,  avant de me tondre.
Ensuite, sa femme (voilée) m’avait épilé les sourcils en me faisant jurer de redevenir musulmane.
Ca n’ a pas manqué : j’ai refait la une des journaux. J’étais la démonstration, par A+B+C des dangers cumulés de l’islamisme et de la misogynie. Je connais les codes, vous savez : le musulman, c’est le nazi d’aujourd’hui. Et la femme tondue ravive des souvenirs d’après guerre. Les  tondeurs de femmes, c’était la crème des misogynes.

 

http://www.notrecinema.com/images/filmsi/we-are-four-lions_326968_44026.jpg

Ces salafiste ont tondu les femmes en 1945.

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Je suis un peu navrée pour les femmes qui se font vraiment défoncer la gueule, en silence.
Je suis désolée pour mon arrière-grand père, qui a  vraiment été gazé dans une grotte en Algérie.

Mais il faut bien que j’existe, même à leurs dépends.

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4 réponses à Shéhérazade, Femen imaginaire en état d’ébriété

  1. François Prunier dit :

    Toujours aussi décapant 🙂

  2. François Prunier dit :

    Toujours aussi décapant 🙂

  3. Le vrai et seul Bruno dit :

    Voilà pourquoi l’athéisme est la seule religion valable. A bas toutes autres croyances. Vive la liberté, vive Paris, Vive la France ! (Maréchal….nous voilà…) JNVSTP

  4. Le vrai et seul Bruno dit :

    Voilà pourquoi l’athéisme est la seule religion valable. A bas toutes autres croyances. Vive la liberté, vive Paris, Vive la France ! (Maréchal….nous voilà…) JNVSTP

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