Marcelle Lapompe, péripatéticienne presque agréée

Ça ne sert à rien, je sais. Mais j’y vais quand même tous les vendredis matins.
Il faut y aller, pour avoir cette foutue  carte. La consultation est gratuite, mais impossible d’acheter le médecin.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Baisage en levrette, Savonette  impériale, Voyage en terre jaune… Je lui ai tout proposé, il n’a rien voulu prendre. Même pas un  glougoutage du poireau. Et pourtant, si, je glougloute  avec de la menthe.
Bonjour, je m’appelle Marcelle Lapompe, péripatéticienne presque agréée.
La plupart du  temps je tapine à mon compte.
Des fois avec des collègues.

C’est moi. Non, je ne vous dirai pas laquelle. ( In « Maisons closes 1860-1946 », édité par Nicole Canet)

 

Hier soir, j’en ai branlé sept ou huit, avec une seule main.
En général, ils préfèrent ma main droite. De la gauche, je leur chatouille la cuisse, et après  j’enfile un doigt dans l’orifice de leur choix (en principe, le troufignon). Mais en ce cas,  il faut rajouter deux francs et vingt-cinq sous. Et si le cul n’est pas propre, je prends encore trente-trois sous.
Trente-trois, c’est l’âge du Christ.
Moi, je vais à la messe tous les dimanches. Vous pensez, alors, si je sais compter. Voir mes tarifs ci-dessous.

Comme vous voyez, je manie bien la langue.
Marcelle Lapompe, c’est moi.
N’écoutez pas ceux qui racontent que mon vrai nom ce serait Renée Dunan.
Fumisterie. Est-ce que j’ai une gueule de Renée ? Non, j’ai une face de Marcelle. Et puis moi, contrairement à d’autres,  je ne porte pas de culotte en jersey de soie.

 

Jésus-Christ lui-même n’aurait  pas porté de culotte en jersey. Alors moi, c’est Marcelle Lapompe, compris ?  Pas Renée Dunan !  Ceux qui prétendent le contraire, c’est des jaloux ! Des chie-froid et des pisse-vinaigre qui m’envient ma petite entreprise.
Parce que, je n’ai peut-être pas encore ma carte professionnelle, mais je suis comme qui dirait  presque agréée : tous les vendredis matins, je vais à la consultation obligée des prostituées. Normalement c’est pour avoir la carte de propreté. Mais comme j’ai besoin de piqûres,  le docteur ne veut  pas me donner cette foutue carte professionnelle.
Pourtant, il est joli mon catalogue.
Ma maison ne manque pas de clients.
Je l’ai appelée le Sénat.
Parfaitement je glougloute du poireau de sénateur, mais pas que, et sans carte professionnelle !
Je fais du suçage à la menthe clandestin.
Mon meilleur cru, c’est la pissette sur la quéquette (ou dans la bouche).
Jamais mes clients ne m’ont demandé ma carte professionnelle, eux.
Et ceux qui me traitent de Renée Dunan ou de  canular, je les encanule et je leur pisse à la raie. Gratis !

Viens par ici que j’t’encanule gratuitement

Bon allez, je vais à ma consultation. De toute façon, c’est obligatoire pour quiconque veut bordeliser.
Oh, rien de très compliqué. On te fait une prise de sang. Chez moi, elle est toujours positive : je n’ai pas encore la vérole, mais j’ai la syphilis depuis toujours.
Ben quoi ? C’est quand même pas la chtouille !
Et puis on me soigne. Les piqûres du docteur me font du bien. Mais rien à faire pour qu’il me donne la carte.
La visite et les soins sont gratuits, oui. Le docteur n’est pas payé. C’est l’état qui paye. C’est pour la santé publique.
Pour ce qui est du docteur, je lui ai bien proposé un glougoutage en rétribution de sa charité, et pour l’inciter à m’établir une carte professionnelle.
J’en connais, moi, des syphilitiques qui ont réussi à s’en dégoter une.
Mais pour moi, rien à  faire. Le docteur ne veut pas.
Pourtant il est vraiment très gentil : il m’a avortée six fois ces dix dernières années.
Depuis, plus de problèmes. Je crois bien que suis  enfin stérile.
Un petit, j’en ai eu un, évidemment,  il y a une douzaine d’années. On a eu beau faire, il n’a pas voulu passer. Alors il est né. Le docteur et sa femme l’ont adopté. Eux,  ils avaient beau essayer, rien à faire, ils n’arrivaient pas à en avoir.
Un joli cadeau que je leur ai fait, pas vrai  ?
Eh ben même après ça,  il n’a jamais voulu me faire ma carte, ce salopard…

Pour marque-pages : Permaliens.

16 réponses à Marcelle Lapompe, péripatéticienne presque agréée

  1. le vrai et seul bruno dit :

    Evidemment vos tarifs sont prohibitifs. Comment voulez vous qu’un simple travailleur (ouvrier ou salarié) puisse subvenir à ses besoins? Vous êtes le visage du capitalisme le plus sauvage. Pour 10 sous, t’as vraiment plus rien. C’est un scandale. Dans un pays communiste, nous aurions, au moins, notre pain quotidien. Je ne vous fait aucun « Pater ».
    JNVSP

  2. le vrai et seul bruno dit :

    Evidemment vos tarifs sont prohibitifs. Comment voulez vous qu’un simple travailleur (ouvrier ou salarié) puisse subvenir à ses besoins? Vous êtes le visage du capitalisme le plus sauvage. Pour 10 sous, t’as vraiment plus rien. C’est un scandale. Dans un pays communiste, nous aurions, au moins, notre pain quotidien. Je ne vous fait aucun « Pater ».
    JNVSP

  3. Soeur Sourire dit :

    Vous en avez de belles lectures, Bessora !
    Et pourtant, tout cela m’apparaît bien innocent…
    en regard de ce qui se passe dans nos couvents.

  4. Soeur Sourire dit :

    Vous en avez de belles lectures, Bessora !
    Et pourtant, tout cela m’apparaît bien innocent…
    en regard de ce qui se passe dans nos couvents.

  5. Truman Capote dit :

    No coment…

  6. Truman Capote dit :

    No coment…

  7. BrunodebrunO dit :

    Marthe Richard est décidemment une conne!

  8. BrunodebrunO dit :

    Marthe Richard est décidemment une conne!

  9. Yrathus dit :

    Je me suis perdue sur Internet !

  10. Yrathus dit :

    Je me suis perdue sur Internet !

  11. lutit dit :

    ha ha ! Trop bon! Les commentaires aussi j’adore

  12. lutit dit :

    ha ha ! Trop bon! Les commentaires aussi j’adore

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