
Vigée Le Brun est une voie parisienne, 15ème arrondissement, fief d’une bourgeoisie semi-bohème pratiquant l’amour du migrant à mi-temps. Mais c’est aussi une Elisabeth Louise, Vigée dame Le Brun, peintre de son état, peintresse si vous voulez. Allons enfants déconfinés, le jour de Beauvoir est arrivé.
Comme toute Simone c’est une femme, il convient de le préciser sans quoi les gens la prennent pour un homme. Femmes comprises. Blanche de peau, inutile de le spécifier, c’est la couleur normale. Alexandre Dumas inclus. Bien avant Covid-19, virus de son état, Vigée fut présentée au musée du Grand Palais en des termes délicatement misogynes : Élisabeth Louise Vigée Le Brun est (…), à l’égal de Quentin de La Tour ou Jean-Baptiste Greuze. Qui est à l’égal de qui… telle est la question de l’inégalité. Soyons misandre pour rétablir l’équité, disons donc de Quentin de La Tour qu’il est à l’égal de Vigée Lebrun.
Petite bourge du siècle 18, Louise est la copine de Marie-Antoinette, et la victime des siècles, le sien et les suivants. En son temps, elle est cantonnée au portrait, le Bel-Art étant réservé aux hommes. Le siècle d’après, on la retrouve dans une Biographie, Universelle donc Ethnocentrée, en tant qu’épouse d’un Jean-Baptiste qui peignait beaucoup moins bien. Au siècle de Sartre, des féministes en bandes lui reprochent sa tendresse maternelle : la peintresse est dotée d’un utérus, saloperie, en plus elle est narcissique, une qualité qui devrait être réservée aux mâles. Ecoutons à ce sujet Simone de Beauvoir de Saint-Germain-des-Prés de Pas d’Argenteuil. Le livre et le tableau ne sont qu’un intermédiaire inessentiel, lui permettant d’exhiber cette essentielle réalité : sa propre personne. Aussi est-ce sa personne qui est le principal – parfois l’unique- sujet qui l’intéresse : Mme Vigée-Lebrun ne se lasse pas de fixer sur ses toiles sa souriante maternité .
Moi je m’en fous, Louise, ta maternité souriante me sied. Elle s’appelle Julie, ta petite, ses portraits mièvres me bouleversent, comme le visage de Julie Manet en deuil de son père.
Elle a tout pour réussir, ta Julie, le minois, le milieu, la maman. Mais quelque chose se déglingue, sans doute ta gloire l’étouffe, alors elle t’échappe par mariage avec un enfoiré. S’émancipe de Gaëtan au bout de quelques années, donne sa joie à des hommes mal mariés. Finit ses jours jeune et malade, Julie, salie et humiliée, dans une chambre de bonne. Souriante maternité, qu’on disait…


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