Offrez-vous deux bébés pour Noël !

 

Ils s’appellent Waura et Yéno. C’est moi qui les ai faits.

Waura n’a jamais rien voulu partager. Cela remonte à notre vie intra-utérine. Un cauchemar. Surtout pour le troisième jumeau, celui qui n’est pas venu au monde
 
Ainsi se présente la 4ème de couverture de Deux bébés et l’addition, un livre qui aurait également pu s’appeler Dolorès X !
 
Voici donc un tout petit morceau, tiré de la page 53 , de ce tonitruant troisième roman initialement publié au éditions du Serpent à Plumes, avant que celui-ci ait été mangé par Untel,  recraché, puis remastiqué par Des Tels, puis sauvé par les amis Bisiou et Bellerose !
 

Offrez-le pour Noël !


 

« La révolution gabonaise (presque) avortée, le beau légionnaire s’engage dans un nouveau combat, celui de notre naissance : il descend de la table de travail, prend la bassine en émail blanc sur la table roulante, la remplit d’eau chaude, nettoie le scalpel ensanglanté, et revient à votre chevet. Il pose la bassine sur la table, et, scalpel en main, ordonne fermement :

— Poussez !

— Mais…

— Poussez, vous dis-je !

— Mais ce n’est pas encore le mom..

Si. C’est le moment. Vous hurlez.

Sans pouvoir l’affirmer, je crois qu’il s’agissait d’une poussée réflexe : vous n’avez, aux dires de Loyal, poussé qu’une fois et la tête de Waura est arrivée comme une fusée, déchirant votre périnée : Hilarion, déjà médiocre dans l’art de la guerre, ignorait sans doute l’art de l’épisiotomie. Fort heureusement, il y avait sur place du matériel de couture. Refermons là cette parenthèse pour revenir à ce matin du 19 février, vers sept ou huit heures.

Hilarion tend les mains pour aider Waura à sortir du ventre maternel. La chose faite, il coupe le cordon ombilical. Les cris de l’enfant résonnent dans toute la pièce.

Nouvelle parenthèse : à sa naissance, une excroissance sortait de la bouche de Waura. Loyal n’en fait aucune mention, dans son récit. Oubli, pudeur, superstition ? Je ne sais.

À l’en croire, personne ce jour-là n’aurait remarqué l’anomalie pendant à la commissure des lèvres de ma sœur. Doit-on imputer ce défaut d’observation aux circonstances révolutionnaires de ces journées ou plus simplement à votre indifférence ? Je l’ignore.

Toujours est-il que, ce matin-là, le militaire regarde l’enfant et tombe à genoux :

— Nous l’appellerons Révolution…

Mais vous êtes prise dans les affres d’une seconde poussée. Vous hurlez de surprise :

— Un autre ! Il y en a un autre !

Moi.

Je nais huit minutes environ après ma jumelle aînée, et j’ai, contrairement à elle, la mine d’un grand prématuré. Vous nous baptisez Waura et Yéno. Waura hérite d’un second prénom, Révolution.

Que se passa-t-il ensuite ? Je n’en sais rien. Un trou d’une bonne douzaine d’heures : Loyal quitta l’hôpital quelques minutes après notre naissance pour aller porter la bonne nouvelle. Il ne revint que dans la soirée. Quelque chose s’était passé en son absence : de toute évidence, vous étiez, Hilarion et vous, tombés amoureux, sous notre nez. Je peux comprendre qu’Hilarion fût tombé amoureux de ma mère, quoiqu’en principe Tu ne voleras point la femme d’autrui. Mais vous ? Pourquoi ? Pourquoi, alors que vous veniez de mettre au monde les deux bébés de Clément Anguilè ? J’ai fini par me rendre à l’évidence : vous n’aimiez plus l’auteur de mes jours. L’aviez-vous jamais aimé ? Vous lui avez préféré l’uniforme d’un révolutionnaire raté comme Hilarion Nzé : le fantasme du légionnaire. Il vaut bien le fantasme du maître nageur. Bravo. »

A vos paniers, un, deux, trois partez !

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