Cent ans de Bernard Dadié

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Le mont Négritude (autrement appelé Migritude) se situe dans le quartier latin, lui-même perché dans un petit pays de l’Union Européenne, Paris.


Négritude (ou Mi-) culmine à une altitude de 8.849 mètres, tout juste un mètre au-dessus du plus haut sommet de l’Himalaya. Juché tout en haut de la montagne se trouve Présence Africaine. Depuis 1940 et des poussières, l’auguste chalet publie des auteurs remplissant ces deux conditions :
1) Etre un alpiniste aguerri.
2) Avoir la peau noire. Du moins suffisamment.

Dans la dernière moitié du siècle passé, et la première de ce millénaire-ci, cette dernière condition a souvent choqué le germanopratin (indigène du quartier latin). Comment pouvait-on, s’émouvait-il, admettre que des alpinistes non blancs (du moins pas assez), soient publiés ailleurs que dans des maisons toutes blanches ?

Et plus le germanopratin était blanc, et plus les nègreries lui étaient étrangères, plus il dénonçait une discrimination que, de manière plus ou moins consciente, il pratiquait lui-même.
Dis-lui Bernard Dadié, et il croira que tu lui parles d’un footballeur ou d’un rappeur de banlieue.
Va essayer de trouver un Nègre dans les comités de lecture de nos plus belles maisons d’édition…
Mais à part ça, oui, absolument oui, l’indigène du quartier latin est universaliste, comme François Hollande est socialiste.

Le Dadié, en ce qui me concerne, a d’abord été le nom d’une porte. J’étais au collège, et au-dessus de ma porte de classe, il était écrit : 5ème Bernard Dadié, comme d’autres portes affichent 5ème A, 5ème B, 5ème D (souvent, la D est la classe des mauvais, les bons, eux, on les parque dans les classes « européennes »). Pendant un an, donc, le Dadié me fut une lettre de l’alphabet.

Plus tard, j’ai compris : il avait écrit des livres. J’ai acheté un Nègre à Paris, au siècle dernier, temps du nouveau franc, juste avant l’avènement de l’euro, cette fumisterie. Moche, la couverture, vraiment moche, d’ailleurs aucun graphiste ne la revendique. Mais tout de même, Un Nègre à Paris est un classique de Présence Africaine, éditeur premier juché au sommet du mont Négritude. Et puis mon père ayant été un Nègre à Paris à l’époque de sa publication, et puis ma mère ayant été, à la même époque, un ours Bernois prépubère dans son Oberland natal, j’ai donc acheté Un Nègre à Paris, et j’ai lu. J’ai trouvé bien. Et puis j’ai oublié de quoi il parlait.

Plus tard, j’ai à mon tour écrit des livres, que les gens ont oublié, oublient, et oublieront, tant pis. Désormais écrivain, je pratiquai les foires aux bestiaux, là où se vendent des bouquins dont beaucoup finissent dans des solderies, tant pis. Or un jour, sur un stand, j’ai croisé le Dadié…

Incroyable, ce nom qui avait d’abord été une lettre de l’alphabet, puis un écrivain, m’apparaissait maintenant en trois dimensions. Même qu’il m’a regardée, d’un peu haut, quand il m’a dédicacé son livre en ces termes : « Bessora, pour l’aider à observer ce qui se passe autour d’elle. B Dadié. Affectueusement ». Il a dû se relire après l’avoir signée, et penser qu’il avait été un peu froid. Alors il a ajouté Affectueusement à la fin.

Je mentirais si je disais que j’allais relire ce livre. Mais, pour les besoins de cet article, je l’ai feuilleté. Page 59, un passage est souligné (par moi, j’imagine). Il commence par « Le communiste comprendra l’erreur dans laquelle il vit ». Bon. Je ne sais pas pourquoi j’ai souligné ça. Je souligne quantité de choses, avec, dans l’instant, une intention précise, un projet magistral.
Et puis j’oublie.

Voilà en tout cas un livre qui ne quittera jamais mon étagère. Non, Bernard, puis-je t’appeler Bernard ?, jamais je ne cèderai ton Nègre à vil prix sur le marché aux esclaves d’Amazon…
Et puis cette année, Bernard, tu as 100 ans.
Quand on connaît l’espérance de vie moyenne en Afrique…
Surtout chez les écrivains.
Comment as-tu fait, Bernard ?
Congrats…

 
 
 
 
 
 
 

L’indigène du quartier latin est universaliste, comme François Hollande est socialiste

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Désormais écrivain, je pratiquai les foires aux bestiaux

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jamais je ne cèderai ton Nègre à vil prix sur le marché aux esclaves d’Amazon

Le Dadié debout

Le Dadié debout

 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

Le Dadié assis

Le Dadié assis

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Dadié joli

Le Dadié joli

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Papa Dadié

Le Papa Dadié

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Une réponse à Cent ans de Bernard Dadié

  1. Bon anniversaire, Monsieur Dadié !

    J’avoue peu connaître la littérature africaine. J’avais pourtant beaucoup aimé « Un enfant d’Afrique » d’Olympe Bhely Quenum, mais il y a tant de choses à lire et je dois bien reconnaître que je pêche moi aussi par ethnocentrisme…

    Merci pour ce billet qui pique ma curiosité : voilà un auteur de plus à découvrir !

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