Nonante ans et la moitié de sa tête

Ma grand-mère a eu nonante ans.
Pas un cancer, zéro diabète, point d’Alzheimer.
Alléluia !


En 1923, elle rencontre son premier photographe. Sa mère la déguise en poupée, son père la rêve institutrice ( au moins ).  Seulement elle s’amourache d’une  racaille, un apprenti confiseur. Et puis Hitler envahit la Pologne.  En Suisse on sait jamais trop quoi penser. On coche la case sans opinion.

Ma grand-même a donc beaucoup souffert de la guerre. A peine vingt ans, et  les premières privations. Fini le chasselas joli, bonjour le poireau. Rien d’autre à se mettre sous la dent. De l’autre côté des frontières, c’est vrai, on crève de faim et de bombes. Ces Frouzes et ces Fritz, on peut pas dire qu’ils donnent le bon exemple. D’ailleurs qui leur a demandé de se mettre dessus comme ça entre eux ? En pays de Vaud, pas un bandit, que du poireau. Du papet tous les jours, c’est quand même  un exploit, surtout en pays neutre.

Le poireau aidant, ma grand-mère  finit par fêter ses nonante ans.

Nom de bleu.

Le syndic du village, maire helvète,  est passé à la maison lui ouvrir une bouteille. Seulement elle boit pas. Sinon quand est-ce qu’elle aurait cotisé pour la retraite ? Qui se serait occupé du magasin ? Et les enfants qui fument en cachette… Et le mari qui l’accompagne jamais à l’église ? Il attend la fin du prêche au bistrot, le cuistre.

Heureusement,  Dieu est là. Grâce à lui, et à la science chrétienne,   ma grand-mère marche encore sur trois pattes et a toujours la moitié de sa tête. Moi qui n’ai que deux jambes et le tiers d’un cerveau, je suis admirative. Peut-être devrais-je  retourner à l’école du dimanche, où s’inculquent les principes scientifiques  chrétiens.

Article 1,  guérir par l’esprit saint : en cas de crise d’appendicite, inutile d’aller à l’hôpital ; chassez l’inflammation par la pensée.

Bien sûr que ça marche. La preuve, ma grand-mère n’a jamais eu à se faire retirer le moindre appendice.

Or donc, l’hérédité, et le christianisme scientifique,  me garantissent la longévité. Mais les pesticides nous promettent le cancer.

Qui croire ? Les astrologues ? Les cancérologues ? Les statistiques ? Les pesticides…

Moi je m’en fous,  j’ai mangé très peu de légumes verts dans ma prime jeunesse. Et j’ai suivi quelques séances de catéchisme. Mon âme, comme mes organes, sont sans doute purifiés. J’espère bien vivre au-delà de 81,3 ans. C’est un service minimum prévu par les statistiques. Du moins pour les femmes  qui  n’ont pas été écrasées par un autobus  avant 38 ans, sous prétexte d’échapper aux lois statistiques. Mais en dehors de ces exceptions, qui n’arrivent qu’aux autres, les griots de la statistique ont toujours raison.

Ma grand-mère vient de fêter nonante ans.

Qui croire.

Jusqu’ à quel âge repousser l’âge de la retraite et la ménopause.

Et que penser de la descente des organes.

Moi je m’en fous, j’ai très peu travaillé dans ma prime jeunesse et je suis assez loin de la ménopause. D’ailleurs, j’ai très vite compris que le salariat, comme les règles,  étaient un esclavage déguisé. Je vivrai donc nonante ans et plus, sur les deniers publics et avec des règles régulières. Je sais, je ne toucherai pas de retraite.

Mais je m’en fous, je mangerai des poireaux, sans souffrir de la guerre. Nonante ans, et  les premières privations. Fini le chasselas joli, bonjour le  poireau. C’est vrai que de l’autre côté du monde, on crèvera littéralement de faim et de bombes.  Mais ces Africains et ces Afghans, on peut pas dire qu’ils donnent le bon exemple. Suisses et non-Suisses sont souvent bien d’accord sur la neutralité : qui leur a demandé de se foutre sur la gueule comme ça entre eux ?

Et puis aussi, le SDF là,  qui squatte le trottoir… il n’a qu’à cotiser pour sa retraite comme tout le monde, ou bien lire Spinoza comme personne.

Pour marque-pages : Permaliens.

14 réponses à Nonante ans et la moitié de sa tête

  1. jughes dit :

    et pourquoi que je tombe sur des symboles phalliques en cliquant sur la photo de ta grand-mère, hein ?
    c’est quoi cette recette de papet Vaudois, un remord ?

  2. jughes dit :

    et pourquoi que je tombe sur des symboles phalliques en cliquant sur la photo de ta grand-mère, hein ?
    c’est quoi cette recette de papet Vaudois, un remord ?

  3. Brunodebruno dit :

    avec un verre de petite arvine de temps en temps, tu devrais pouvoir pousser jusqu’à nonante cinq….

  4. Brunodebruno dit :

    avec un verre de petite arvine de temps en temps, tu devrais pouvoir pousser jusqu’à nonante cinq….

  5. Ricola dit :

    Moi j’aime bien les chocolats suisses, j’aime pas la choucroute, j’aime pas les grands-mères, vieillir me fait pas peur, mourir encore moins, façon originale d’aborder le thème des retraites, déroute napoléonnienne de Russie, vive la France, ce grand et beau et noble pays !

  6. Ricola dit :

    Moi j’aime bien les chocolats suisses, j’aime pas la choucroute, j’aime pas les grands-mères, vieillir me fait pas peur, mourir encore moins, façon originale d’aborder le thème des retraites, déroute napoléonnienne de Russie, vive la France, ce grand et beau et noble pays !

  7. Le vrai et seul Bruno dit :

    Si ma grand-mère en avait, on l’appellerait papy.
    Décidément vous ne nous aurez rien épargné. Après « tous des racistes », nous voilà avec les « pauvres personnes âgées ». Le « quatrième age » comme diront certains. Nous sommes contents d’apprendre que votre aïeule se porte bien et vient d’atteindre la barre fatidique des « nonante » printemps. Mais en dehors de notre compassion, qu’attendez vous ? Une larme ? Cette dame profite bien de la vie (à nos dépens d’ailleurs). Qui paye la facture ? Nous autres, les pauvres travailleurs. Ne me faites pas dire, ce que je n’ai pas dit. Mais ne pourrions nous pas un peu baisser la retraite de ceux qui dépassent les 80 ans. Ont-ils tant de besoins que cela ?
    Une bonne pomme suffit pour tenir la journée. Qu’en pensez-vous ?
    Il n’y a plus assez d’actifs pour assurer le système. Lisez les journaux nom de dieu ! Nous vivons trop vieux, il va falloir penser à y remédier. Il y a des solutions. Je pense notamment au processus de disparition douce et musicale tel qu’il est montré dans l’excellent documentaire « Soleil Vert ». Quant à la mairie qui dépense sans compter (l’alcool, c’est cher !). Je suis indigné !
    JNVSP

  8. Le vrai et seul Bruno dit :

    Si ma grand-mère en avait, on l’appellerait papy.
    Décidément vous ne nous aurez rien épargné. Après « tous des racistes », nous voilà avec les « pauvres personnes âgées ». Le « quatrième age » comme diront certains. Nous sommes contents d’apprendre que votre aïeule se porte bien et vient d’atteindre la barre fatidique des « nonante » printemps. Mais en dehors de notre compassion, qu’attendez vous ? Une larme ? Cette dame profite bien de la vie (à nos dépens d’ailleurs). Qui paye la facture ? Nous autres, les pauvres travailleurs. Ne me faites pas dire, ce que je n’ai pas dit. Mais ne pourrions nous pas un peu baisser la retraite de ceux qui dépassent les 80 ans. Ont-ils tant de besoins que cela ?
    Une bonne pomme suffit pour tenir la journée. Qu’en pensez-vous ?
    Il n’y a plus assez d’actifs pour assurer le système. Lisez les journaux nom de dieu ! Nous vivons trop vieux, il va falloir penser à y remédier. Il y a des solutions. Je pense notamment au processus de disparition douce et musicale tel qu’il est montré dans l’excellent documentaire « Soleil Vert ». Quant à la mairie qui dépense sans compter (l’alcool, c’est cher !). Je suis indigné !
    JNVSP

  9. T’vas voir comment qu’on va t’euthanasier ma grand-mère et moi…

  10. T’vas voir comment qu’on va t’euthanasier ma grand-mère et moi…

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