I love Egon Schiele, et réciproquement


La première fois, c’était dans un voilier, en mer Adriatique. Le bateau sentait l’huile, le crayon et le carton. L’eau avait une drôle de texture, une eau de chair, et chevelue avec ça. Egon n’avait plus que 11 ans à vivre. Moi, je serais encore là le siècle d’après.


 

Hafen von Triest (1907)

Il venait d’avoir 17 ans (j’aime la chair fraîche). Je l’avais rencontré à un mariage, où je faisais bonniche exotique. L’iconoclaste me présente bientôt son ami Gustav, peintre déjà bien installé, de 28 ans son aîné. Egon aimait les chairs fripées. Mais pas que.
Ayant perdu son père deux ans plus tôt, il avait une vision du monde un peu torturée, de sorte qu’il avait ce pouvoir, changer l’eau en chair chevelue, mais aussi celui de se désosser. Parfois il ressemblait à un pantin, désarticulé et souffrant. Mais pas que.

 

artschiele0771

 

Il aurait dû travailler dans les chemins de fer, c’était son roman familial. Inscrit à l’école Polytechnique supérieure, il dévie, Académie des beaux-arts et compagnie, puis se rebelle, un peu comme James Dean dans la Fureur de Vivre, plus sérieusement que les Nuitdeboutistes ou que l’Oncle Tom dans sa case.

Il crée un parti politique (si), le Groupe pour le nouvel art, et se fait très vite remarquer, sa pantomime, mais aussi ses airs hautains, sa manie de la masturbation et de la dévoration des sexes faibles.
Bien entendu je l’accompagne partout. A l’Exposition internationale des Beaux-Arts de Vienne, en 1909, je suis là, je fais toujours la bonniche exotique, en coulisses, pour ne pas trop secouer les conventions révolutionnaires de l’époque et de l’art nouveau.

 

C'est moi. Le côté blanc de moi.

C’est moi. Le côté blanc de moi.

 

Klee, Kubin, Klimt sont parmi nos meilleurs amis. Souventes fois, nous les recevons dans notre voilier particulier, amarré au port de Trieste. Je leur prépare de délicieux mafés, accompagnés de manioc et de bananes plantains. Ils adorent ça. Des fois, je cuisine de la Linzer Torte. Quand on est bonniche, il faut se garder de trop transgresser l’ordre cuisinier. Egon, lui, transgresse, l’ordre moral. Il peut, il n’est pas bonniche. Alors il y va, Egon.

 

Le cardinal et la nonne

Le cardinal et la nonne

 

Bien sûr, je ne suis pas son seul amour. Egon couche aussi avec Wally, qui, je pense, couche avec Klimt, dont elle est le modèle, dépravé. A une époque Wally et Egon habitent ensemble, en république tchèque. Ils croient que c’est la Bohême. Pourtant tout le monde le déteste, sa peinture est trop audacieuse, sa vie offense, c’est un terroriste. Il fricote avec des demoiselles pré-pubères, ce qui n’est tolérable qu’en Thaïlande ou quand on est curé. Résultat, vingt et un jours de détention en 1912. Protestations.

 

Schiele, Wally in Red Blouse 1913.jpg

Wally

 

En prison, je lui apporte des oranges. Il peint. 13 tableaux. Et enfin, il rompt avec Wally. Plus bourgeois que bohème, Egon ne peut décemment pas l’épouser. Elle n’est pas bonniche, mais c’est une espèce de pute. Pas une sorte d’épouse.

Il épouse une Edith, sa création s’assagit.

 

ça c'est une épouse

ça c’est une épouse

 

Un temps, il fait soldat de garde à Vienne, puis clerc dans un camp de prisonniers. Expose. Succès. Et puis c’est la grippe, l’espagnole. Elle emporte Edith, leur foetus de six mois, Egon lui-même.
Mon arrière-grand-père aussi.
Mais pas le petit en gestation dans le ventre de son Edith à lui.

Voilà pourquoi, un siècle après la mort d’Egon, je suis toujours là.

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5 réponses à I love Egon Schiele, et réciproquement

  1. Sérieux ?! Quelle lignée !!!! Je ne connaissais pas ce peintre, mais j’aime plusieurs des toiles que tu nous présentes. Et j’ai toujours aimé les notices biographiques… mais pas que.

  2. Bessora dit :

    Mon François… mon arrière ne s’appelait pas Egon, mais Gotlieb. Et l’ancêtre (enfin… le cousin de ma grand-mère), le peintre donc, n’est pas Schiele mais Mumprecht ! 🙂

  3. Chouchou dit :

    Oui c’est bien mené, Schiele génie magnifique jusqu’à Wally et un bon coup d’épouse là dessus , une grippe espagnole et rideau. Puissance de la ligne au crayon vertical, style unique resté en suspens…

  4. Le vrai et seul bruno dit :

    Shiele, encore un dépravé que ne renierai pas ces gauchistes qui manifestent en ce moment. Ses « nuits debout » sont des femmes allongées aux corps ouverts à tous vents. Ils observent et dévorent d’un trait, il ne laisse pas le temps de s’apitoyer. La chair n’est plus tout à fait fraîche, mais les plis sont là. Il déchire et ne laisse planer aucun doute sur le chapitre final. Celui qui regarde, dévore sans compromis.
    JNVSTP

  5. Bessora dit :

    Rien compris… Are you drunk ?

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