Du blasphème chez Frank Underwood, et chez François Marie Faux Cul

Fils d’un état du sud, Frank Underwood devrait finir bouseux, comme son père, un raté qui n’a même pas la main verte. Mais il rencontre Claire, une brunette de Dallas, pleine aux as. Elle lui donne sa main,  le congrès américain, la vice-présidence étasunienne, et puis  enfin la maison blanche. Entretemps, elle change de couleur de cheveux : le peuple la préfère blonde. Impitoyable, le peuple, assoiffé de blondeur, de scandale et de sang.

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Ils n’ont pas d’enfants, les enfants c’est chiant et ça prend du temps. Alors leur héritage, c’est à la nation qu’ils entendent le laisser, se survivre à eux-mêmes par l’empreinte laissée, au fer rouge, qu’on se souvienne bien d’eux. En attendant la postérité, ils se nourrissent de pouvoir comme les vampires boivent le sang, sans jamais trouver la paix, ni la satiété. Lui ne rechigne pas à éliminer,  à mains nues s’il le faut, les inconséquents  qui se trouveraient  sur sa route, ou dans le sillage de sa bien-aimée. Elle sait tout mais ne dit rien, elle est son indéfectible soutien. Ils s’aiment d’un amour inconditionnel, une passion décorporée depuis pas loin de trente ans, tranquille, abritée  du temps. Et le peuple, dans sa splendide imbécillité, adore lui aussi le tyran blagueur, et la blondeur parfaite de l’épouse sculpturale.
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Gosse de riche, c’est vrai, mais son pêché de naissance est absous car elle a épousé un enfant du peuple. Lui au moins est né sans le sou,  il a donc toutes les vertus. Et toutes les circonstances atténuantes, quand il rivalise de cynisme et de filouterie avec son homologue russe, un Petrov poutinien.
Claire et Frank Underwood, couple présidentiel dans toute sa splendeur monstrueuse, acclamé par les foules.
Je me souviens de pareilles acclamations, ni feintes, ni forcées, devant feu Omar Bongo.
Truqueur d’élections, il n’aurait peut-être pas eu besoin de cette précaution.
Quelque chose me dit que le monarque aux 53 héritiers aurait gagné sans tricher.
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Un matin, escorté de sa suite, Frank Underwood se recueille sur la tombe de son père, c’est un bon fils, un fils si bon qu’il finit par demander un peu d’intimité pour pouvoir, à l’abri des regards, pisser sur le cadavre parternel.
La chaude urine de Frank Underwood profane chaleureusement le corps du père. Frank Underwood, dans l’exercice de son droit au blasphème. Un droit qu’on vénère sous nos latitudes voltairiennes, droit  cher à notre coeur de nom de Dieu de Charlie.
Sauf qu’à l’instar de Voltaire, on a le blasphème minable :  à la différence d’Underwood, on ne blasphème jamais notre propre sacré. Pas fous les libres penseurs, pas téméraires non plus.

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François Marie Faux Cul, dit Voltaire

Frank Underwood lui, est un blasphémateur authentique, donc forcément haïssable.  Ainsi, ce président des Etat-Unis passe un jour la porte d’une église, dans son habit de croyant  qui a juré sur la bible. In God we trust, rien de plus sacré, surtout pour le chef des armées. Brièvement, il s’entretient avec le curé, puis demande à être seul en la maison de Dieu, pour prier.
Le curé s’éclipse, le président marche à  l’autel, où trône un Jésus-Christ de plâtre, relique respectée qui le toise. Les deux icônes se regardent un long moment, se défient. On sent le blasphème arriver.
– C’est l’amour que tu vends ? dit Underwood, au fils-martyr du Dieu constitutionnel. Désolé, je ne suis pas preneur.
Et de lui cracher à la face.

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Et de sortir un mouchoir pour effacer le crachat (ça risquerait de se voir). Mais sitôt sa main portée au visage christique, l’effigie vacille, se déboite, s’effondre. Vaincu par le blasphémateur,  Jésus-Christ se brise, éclate en morceaux qui s’éparpillent sur le sol. Affolés par ce grabuge,  les gardes du corps présidentiels déboulent: « Tout va bien, Mr. Le président ! ». Underwood, stature présidentielle et chrétienne : « Je priais… et cette statue est tombée ». Les gorilles ressortent, rassurés. Ils avaient cru à un assassinat, et ils avaient raison : le fils de Dieu, assassiné par son représentant sur la terre d’Amérique.

Le blasphème, petits joueurs, c’est plus moche que Charlie Hebdo…

Frank et Claire Underwood, c’est une certaine Amérique qui se regarde en face.
Et nous de faire la queue pour acheter Charlie Hebdo, en nous auto-proclamant des héros.
Mais dans le paysage voltairien, même en fiction,  pas un président de la République pour se rendre en mairie et cracher sur la figure de Marianne. Pas facile, pour Voltaire, de blasphémer son propre sacré. Plus facile de chier sur une croix, quand on ne croit pas. Plus facile d’enculer un prophète, qui ne représente rien pour soi. Plus jouissif de chasser une femme voilée de l’espace public… sous couvert de tolérance religieuse.
Inventeurs de la laïcité déicide, de l’anti-racisme raciste, et de tant de paradoxes, on  moque les arriérés d’Amérique, les sauvages  de Russie, les attardés  moyen-orientaux. Et de nous regarder dans le miroir, si satisfaits du reflet idéal que nous avons nous-mêmes dessinés. « Miroir, miroir, dis-moi que je suis le plus libre d’expression, pas comme tous ces cons ». Et le miroir de te rire à la face : « Va d’abord  pisser sur la tombe de ton père, et on en reparlera. »

 

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12 réponses à Du blasphème chez Frank Underwood, et chez François Marie Faux Cul

  1. François Prunier dit :

    hummmmm non, là, je ne suis pas d’accord : on caricature le pape, les présidents, les stars, et je crois bien avoir vu parfois des caricatures de Mariane. Qu’il soit interdit aux musulmans de dessiner le prophète, soit. Mais je ne vois pas pourquoi nous qui ne sommes pas musulmans n’aurions pas le droit de le dessiner. Nous avons certes le devoir de respecter les musulmans comme nous avons celui de respecter tout autre personne, dans la mesure où ce respect est réciproque. Toute la question est de savoir si caricaturer Mahomet est un manque de respect. Pour moi, la réponse est claire : non, ce n’est pas lui manquer de respect. Et s’ils ne sont pas capables de l’accepter, alors ils n’ont pas fini d’avoir des problèmes. Une relation, ça se construit à deux. Chacun doit faire des efforts. Nous acceptons de construire des mosquées en France, ils peuvent bien accepter qu’on dessine leur prophète. En annexe, un homme comme Zidane a fait beaucoup plus pour l’intégration des musulmans que tous les grands recteurs de la Mosquée de Paris : hormis lors du dépôt d’une gerbe de fleurs après la tuerie de Charlie, geste dont je leur suis reconnaissant, jamais je ne l’ai vu avoir la bonne attitude quand il y a des tensions, jamais un propos apaisant, toujours l’indignation… Autre annexe, je suis très content qu’un clandestin musulman se soit comporté en héros lors de la sanglante prise d’otage dans l’épicerie kasher de la Porte de Vincennes.

  2. François Prunier dit :

    hummmmm non, là, je ne suis pas d’accord : on caricature le pape, les présidents, les stars, et je crois bien avoir vu parfois des caricatures de Mariane. Qu’il soit interdit aux musulmans de dessiner le prophète, soit. Mais je ne vois pas pourquoi nous qui ne sommes pas musulmans n’aurions pas le droit de le dessiner. Nous avons certes le devoir de respecter les musulmans comme nous avons celui de respecter tout autre personne, dans la mesure où ce respect est réciproque. Toute la question est de savoir si caricaturer Mahomet est un manque de respect. Pour moi, la réponse est claire : non, ce n’est pas lui manquer de respect. Et s’ils ne sont pas capables de l’accepter, alors ils n’ont pas fini d’avoir des problèmes. Une relation, ça se construit à deux. Chacun doit faire des efforts. Nous acceptons de construire des mosquées en France, ils peuvent bien accepter qu’on dessine leur prophète. En annexe, un homme comme Zidane a fait beaucoup plus pour l’intégration des musulmans que tous les grands recteurs de la Mosquée de Paris : hormis lors du dépôt d’une gerbe de fleurs après la tuerie de Charlie, geste dont je leur suis reconnaissant, jamais je ne l’ai vu avoir la bonne attitude quand il y a des tensions, jamais un propos apaisant, toujours l’indignation… Autre annexe, je suis très content qu’un clandestin musulman se soit comporté en héros lors de la sanglante prise d’otage dans l’épicerie kasher de la Porte de Vincennes.

  3. Bessora dit :

    Je nous crois plus prompts à pisser sur ce qui nous est étranger ou lointain, Nabilla compris. 🙂
    On est d’ailleurs assez connus dans le monde pour être des donneurs de leçons plutôt que des gens qui balayons devant notre porte.
    Quant aux séries, je n’ai pas encore vu sous nos latitudes une fiction où un représentant de la république blasphèmerait la république, aussi explicitement qu’Underwood blasphème la religion d’état dans House of cards.
    Ici, beaucoup d’auteurs-scénaristes ont du mal à faire produire leurs projets, précisément parce qu’ils n’ont pas cette liberté, et qu’on leur demande très souvent d’édulcorer leur propos.

    • François Prunier dit :

      Plus prompts à dénigrer ce qui nous est étranger ou lointain, oui, hélas.
      Donneurs de leçons, encore oui, toujours hélas.
      Oui aussi pour la censure made in France et la plus grande liberté d’expression dans les séries US (mais aussi les comics), hélas, hélas, hélas…

  4. Bessora dit :

    Je nous crois plus prompts à pisser sur ce qui nous est étranger ou lointain, Nabilla compris. 🙂
    On est d’ailleurs assez connus dans le monde pour être des donneurs de leçons plutôt que des gens qui balayons devant notre porte.
    Quant aux séries, je n’ai pas encore vu sous nos latitudes une fiction où un représentant de la république blasphèmerait la république, aussi explicitement qu’Underwood blasphème la religion d’état dans House of cards.
    Ici, beaucoup d’auteurs-scénaristes ont du mal à faire produire leurs projets, précisément parce qu’ils n’ont pas cette liberté, et qu’on leur demande très souvent d’édulcorer leur propos.

    • François Prunier dit :

      Plus prompts à dénigrer ce qui nous est étranger ou lointain, oui, hélas.
      Donneurs de leçons, encore oui, toujours hélas.
      Oui aussi pour la censure made in France et la plus grande liberté d’expression dans les séries US (mais aussi les comics), hélas, hélas, hélas…

  5. Le vrai et seul bruno dit :

    Comme d’habitude, on comprend pas en vous voulez en venir. Enfin, pour moi, il est important de ne pas blasphémer car cela se retourne toujours contre soi. JNVSTP

  6. Le vrai et seul bruno dit :

    Comme d’habitude, on comprend pas en vous voulez en venir. Enfin, pour moi, il est important de ne pas blasphémer car cela se retourne toujours contre soi. JNVSTP

  7. David Asmanis dit :

    « Je nous crois plus prompts à pisser sur ce qui nous est étranger ou lointain, Nabilla compris. 🙂
    On est d’ailleurs assez connus dans le monde pour être des donneurs de leçons plutôt que des gens qui balayons devant notre porte.
    Quant aux séries, je n’ai pas encore vu sous nos latitudes une fiction où un représentant de la république blasphèmerait la république, aussi explicitement qu’Underwood blasphème la religion d’état dans House of cards.
    Ici, beaucoup d’auteurs-scénaristes ont du mal à faire produire leurs projets, précisément parce qu’ils n’ont pas cette liberté, et qu’on leur demande très souvent d’édulcorer leur propos »

    +1000

    Vous allez vous marrer avec l’afflux de migrants…

  8. David Asmanis dit :

    « Je nous crois plus prompts à pisser sur ce qui nous est étranger ou lointain, Nabilla compris. 🙂
    On est d’ailleurs assez connus dans le monde pour être des donneurs de leçons plutôt que des gens qui balayons devant notre porte.
    Quant aux séries, je n’ai pas encore vu sous nos latitudes une fiction où un représentant de la république blasphèmerait la république, aussi explicitement qu’Underwood blasphème la religion d’état dans House of cards.
    Ici, beaucoup d’auteurs-scénaristes ont du mal à faire produire leurs projets, précisément parce qu’ils n’ont pas cette liberté, et qu’on leur demande très souvent d’édulcorer leur propos »

    +1000

    Vous allez vous marrer avec l’afflux de migrants…

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