Karin Bernfeld à l’épreuve de la négritude, de la francophonie, et de la république

Je ne le nierai pas, Madame le Procureur, j’ai invité Karin Bernfeld en excursion sur le mont Cameroun, alors qu’elle n’était même pas noire, mais seulement écrivain.   En effet, je ne peux pas justifier de sa négritude (même à demi, ni au quart).  Je  me suis  bien trompée en l’invitant en Afrique. Permettez-moi de m’en expliquer, j’espère que les antiracistes me pardonneront.

Antiracisme raciste

Sauf que les Roms, les musulmans et les sans-papiers ne sont pas des races, amis antiracistes !

Il y a quelques temps, un éditeur et ami sis à Douala (je précise qu’il est noir, lui au moins, et à 100%), m’invitait à contribuer à une recueil de nouvelles, en hommage à Nelson Mandela, vous savez ce type dont tout le monde se foutait à peu près avant la fin de l’apartheid. L’éditeur me demandait aussi de le fournir en auteurs pour  ce beau projet.

Je précise, messieurs les jurés,  que le cahier des charges ne faisait pas mention de conditions raciales particulières : j’avais carte blanche. J’ai donc fait appel à un certain nombre d’auteurs qui n’étaient pas noirs : Pierre Bordage,  Béatrice Hammer et Karin Bernfeld ont spontanément  accepté de participer à l’aventure.  Que les choses soient claires, j’ai aussi invité des écrivains noirs, mais vraiment noirs comme il faut, je veux dire que,   sauf analyse génétique contradictoire, on ne peut pas les soupçonner d’être blanc, même à demi, ni au quart.

Tchin-tchin

Tchin-tchin

Tout ça pour dire, Madame la Procureuse, que j’ai agi dans l’équité et la transparence, en conformité avec le ministère de l’intérieur qui, je vous le rappelle stipule que là où il y a du négro, il doit y avoir du  blanco.  Sinon ça ne va pas, on est bien d’accord, d’ailleurs l’éditeur camerounais a consenti à publier ces auteurs non nègres.
Un éditeur bien téméraire, car il faut être fou pour publier des Blancs chez des Noirs. Nul ne l’ignore, les antiracistes conseillent implicitement  l’inverse : selon eux, un Noir n’est pas un Blanc qui n’est pas un Juif, car il ne faut pas mélanger les serviettes et les torchons, vu que les Arabes ne sont pas officiellement des Sémites.

C'est dans les vieilles valeurs qu'on fait le meilleur antiracisme : il a remplacé les races par des communautés

C’est dans les vieilles valeurs qu’on fait le meilleur antiracisme : il a remplacé les races par des communautés

Bref, grâce à l’inconscience de cet éditeur camerounais, l’hommage paraissait aux éditions Tropiques (« Je suis né en prison »), et le projet devait se poursuivre par  un voyage à Yaoundé financé par une organisation culturelle française, publique et donc républicaine.
Tu viens, m’a dit l’éditeur, et tu choisis qui vient avec toi.
Et  là, Madame la Procuratrice, j’ai merdé : j’ai choisi Karin Bernfeld, qui avait écrit « Je suis un bébé noir ».
Parfait m’avait cependant déclaré l’éditeur. Et je nous voyais déjà, Karin et moi, parties à l’assaut du mont Cameroun, donnant nos conférences inspirées devant des parterres d’écoliers, d’étudiants, de vendeuses de beignets, de porteuses d’eau, d’exploitants agricoles. L’éditeur lui-même, que je soupçonne d’avoir eu à mon égard des intentions coïtales,  semblait s’en réjouir. Quant à Karin, elle préparait ses valises et s’achetait une crème solaire indice 100 parce que le soleil ne l’aime pas, et c’est réciproque.

Ne le cherchez pas, il est indisponible (mais échappe au registre Relire de la BNF)

Ne le cherchez pas, il est indisponible (mais échappe au registre Relire de la BNF)

La réalité m’a rattrapée quand ma proposition d’inviter Karin a finalement été refusée par l’organisations culturelle publique française (donc antiraciste). Car de son avis éclairé (le siècle 18, faut-il le rappeler) la moindre des choses, quand on organise des rencontres culturelles pour les Noirs, c’est de leur présenter des intellectuels noirs (au moins à demi).
C’est d’ailleurs l’idée qui sous-tend, en France,  le concept de  littérature francophone : de l’écrivain coloré pour personne de couleur, ou  pour personne pas de couleur en mal d’UV. Car voyez-vous, en France, Daniel Pennac ou Nicolas Fargues  sont exclus de la catégorie francophone.  Karin Bernfeld aussi. Vous les voyez, ces Blancos, gravir les flancs du mont Cameroun ?

Daniel Pennac

D’accord, Pennac est un Italien né au Maroc. Mais quand même, il n’est pas un Nègre, ni un Arabe ou un Francophone. Il est un Blanc, donc un Français

Cette vision raciste antiraciste de la francophonie, qui rejoint le communautarisme sous-jacent au pacte républicain, n’est  pas encore très répandue hors de l’hexagone : à l’étranger, les gens croient que francophone veut dire parlant le français. Gageons qu’un jour ces attardés comprennent que francophone signifie Noirs et Arabes, Malgaches compris. Mon erreur de casting, avec Karin Bernfeld,  aura au moins eu l’avantage de réaffirmer cette vérité biblique : eut-elle été plus colorée, pas de problèmes, on l’engageait.
Hélas, des tests  génétiques réalisés en laboratoire – sous atmosphère stérile – révèlent que Karin Bernfeld  présente un taux de négro-africatude inférieur à 2%. Elle est donc parfaitement illégitime comme écrivain francophone en villégiature au Cameroun.  Circonstance aggravante, elle est blonde et ses yeux sont bleus.

Karin Bernfeld

Karin Bernfeld

Désolée, ma pauvre Karin, mais  un avis très répandu dans les institutions de la république  présume que ta communauté est blanche,  et que tu es juive, en quelque sorte sous la responsabilité du CRIF. Garde-toi en particulier des Arabes, surtout musulmans. Pardon de te balancer, mais il y a aussi tes drôles d’orientations sexuelles. Tu voudrais quand même pas en plus détruire la famille, si ?

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6 réponses à Karin Bernfeld à l’épreuve de la négritude, de la francophonie, et de la république

  1. le vrai et seul Bruno dit :

    Encore une fois, vous voilà « hors sujet » ! Imaginez un instant que je sois invité en Afrique pour parler des oiseaux du Cameroun, où encore du buffle du Kenya. Cela serait un imposture et je gage que je serais jeté du pays, à juste raison. Qui nous donne le droit de nous exprimer au nom de la communauté Africaine ? JNVSTP

  2. le vrai et seul Bruno dit :

    Encore une fois, vous voilà « hors sujet » ! Imaginez un instant que je sois invité en Afrique pour parler des oiseaux du Cameroun, où encore du buffle du Kenya. Cela serait un imposture et je gage que je serais jeté du pays, à juste raison. Qui nous donne le droit de nous exprimer au nom de la communauté Africaine ? JNVSTP

  3. François Prunier dit :

    Et les autres auteurs Blancs, ils ont été acceptés ?

  4. François Prunier dit :

    Et les autres auteurs Blancs, ils ont été acceptés ?

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