Confessions d’un gorille argenté qui a perdu ses doigts

25091Dans la jungle des arts, je suis un gorille. J’habite dans un nid, mon dos est argenté, je mange de la betterave et je dévore l’Angélique. Celle des Anges.  A mes heures perdues, j’écris des contes. Or un jour, il y a bien longtemps, un loup m’a bouffé trois doigts. Depuis, j’écris de la main gauche. Et  je suis syndiquée de la main droite.


 
Un syndicat est une société de protection de la faune. Dans la jungle des arts, elle préserve des animaux qu’on appelle artistes-auteurs-en-voie-de-disparition. Le plus souvent, le syndicat est affilié à une nébuleuse terroriste.  Pour cette raison, tout artiste-auteur normalement constitué fuit la  nébuleuse syndicaliste.

Nous sommes bien d’accord, le syndicat ne sert à rien. C’est à peine s’il tient les loups à distance. Il ne protège pas non plus les doigts de leurs crocs.  Et puis l’artiste-auteur-en-voie-de-disparition  n’est pas un phoque sur sa banquise. Un gorille dans le nid, peut-être. Une souris verte qui courait dans l’herbe, sûrement. Mais un phoque, jamais.   Franchement, même avec trois doigts en moins, il suffit à l’artiste-auteur de descendre de son arbre de temps en temps, pour courir les mondanités forestières. Et il survivra. Alors pourquoi se syndiquerait-il ?

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Bien sûr, l’artiste-auteur est un drôle de singe, une curieuse souris. Son contrat le lie pieds et poings  durant  70 ans (post-mortem). Souventes fois, il ne reçoit pas sa fiche de salaire (qu’il appelle  reddition). Occasionnellement, il touche le RSA (un truc réservé aux analphabètes).  En somme, cet animal  s’apparente à un producteur de cacao écrasé par la grande distribution, et le chocolat 100% graisse végétale. Mais il ne vas pas s’en vanter quand il passe dans des émissions littéraires.

 
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Des fois,  l’artiste-auteur est un prédateur. Il a reçu une avance si énorme que son éditeur est étranglé. Son arrière-petite-cousine, qui était un illustre écrivain, n’a jamais réclamé un sou à personne. Alors il trouve scandaleux que des gorilles et des souris vertes, qui ont la chance de se faire exploiter,  s’abaissent à demander la restitution de leurs doigts (trois). L’art devrait être gratuit. Ecrire dans la jungle n’est pas un métier. Pourquoi les souris vertes auraient-elles  la CMU ?

Les deux artistes-auteurs susmentionnés ont des vies et des vues aussi opposées que  celles du loup et de l’agneau. Pourtant, mettez-les dans la même émission culturelle, ils se donneront la main pour prôner le végétalisme. Après, ils s’en retourneront dans la jungle des arts pour  s’entre-dévorer,  sous le regard ahuris de gentils tatous,  tortues,  lémuriens, et autres gorilles  qui bouffaient tranquillement leurs betteraves dans des nids en regardant une version remasterisée d’Angélique et le roi.
 
Indomptable Angélique…

25094La maman d’Angélique, Anne Golon, était une indomptable souris. Je l’aime beaucoup, même si elle est morte. Quoique non comestible car de couleur verte, Anne fut un jour abusée par un loup qui  voulait en faire son agnelle. On a souvent vu des souris génétiquement modifiées par des loups. D’abord ils vous bouffent trois doigts. Puis ils font de vous un ragoût de mouton. Alors Anne Golon se syndiqua de la main droite (au S.N.A.C., un syndicat tout à fait syndical).

Or donc voilà. Si vous ne voulez pas à votre tour être transmuté en mouton, émigrez à Hollywood.
Sinon convertissez-vous au syndicalisme.
Mais sachez-le,  tout syndicat digne de ce nom doit avoir au moins un membre actif qui sache faire de la confiture. Enfin,  toute personne physique, morale, ou animale prétendant aux nébulosités syndicales, doit avant tout  savoir pâtisser.

One Response to Confessions d’un gorille argenté qui a perdu ses doigts

  1. Le vrai et seul bruno 27 septembre 2017 at 9 h 27 min #

    Un article bien écrit que j’ai lu maintes fois….heu…pardon….souventes fois.

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