Comment j'ai marché pour le culte de la culture

12 mars 1900 longtemps, fête de la Rénovation à Mandji, j’ai dix ans et je marche pour le  culte du Parti Démocratique Gabonais d’Omar Bongo l’Unique.
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Moi qui ne suis pas tout à fait autochtone (la faute à ma celto-germaine de mère), moi qui ne suis pas tout à fait pédégiste (la faute à mon opposant-politique de père), je ne suis pas tout à fait d’accord avec la marche pour le culte du parti unique (la faute à moi, philanthrope contrariée).
Mais je me tais car je le sais, des espions sont dans les buissons avec leur dictaphone. Des deux côtés de l’équateur, la dictature c’est le dictaphone.
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patrick-buisson

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12 mars 2000 quelque chose, saint Bodmaël à Paris, j’ai dix ans que multiplie quelque chose et je marche pour le culte de la Culture de François Hollande l’Unique.
Moi qui ne suis pas tout à fait autochtone (la faute à mon père gabono-gaulliste), moi qui ne suis pas tout à fait cégétiste (la faute à ma mère  protestante-agnostique), je ne suis pas tout à fait d’accord avec la marche (la faute à moi,  écrivain allergique au pollen et aux manifs).
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Mais j’y vais, car  si je n’y vais pas personne ne saura comme je me gausse de  Hasta Siempre, hommage romantique au Che, claironné dans toute manif imbue de son humanisme. Ce jour-là, le bel Argentin  partit répandre ses lumières sur la ténébreuse Afrique. Guevara au Congo, ce fut un peu Tintin.
Et aujourd’hui l’antiracisme institutionnel, ce terreau de l’intolérance.
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Le Che et deux Nègres

Le Che et deux autochtones

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Jambes cotonneuses, j’arrive place du Châtelet où des hauts-parleurs chantent Hasta Siempre Che Guevara.  J’ignore ce que Nathalie Cardone fait là, et j’ai déjà  envie de m’enfuir. Mais s’agglutinent déjà des artistes, des bobos et autres rmistes au RSA. D’aucuns préparent des slogans tout à fait inédits, du Mort au patronat, à bas le capital. L’épicer arabe du coin apprécie. Il est à son compte,  ce scélérat islamique,  a créé une SARL,  ce vil capitaliste, 1.000 € de capital, immigré indigne infoutu d’être pauvre comme il se doit.
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N° 1 du Top 50 en 1997, reprise d'une version 1965 : ainsi s'illustre la révolution  culturelle en  2014.

Ecrit en 1965, N° 1 du Top 50 en 1997, hymne révolutionnaire en 2014.

Et moi de me réfugier sous la bannière du S.N.A.C (Société Naturelle des Autochtones de Culturie), parce que quand même, le budget de la Culture est en danger, et  je suis solidaire des intermittents du spectacle, lesquels voudraient voir leurs avantages sociaux étendus à tous. Car comme les Arabes sont pauvres, les gens de gauche sont gentils. Y a qu’à voir François Hollande, dont le visage respire la gentillesse et le souci d’autrui.  Et  quand on est de gauche et  de Culture, on n’est jamais bête ni  méchant, les deux encore moins.

Gentillesse

En ce jour de saint Bodmaël le Breton,  Paris marche aussi pour la liberté d’expression,  droit de dire ce que tu  veux à condition de pas trop déranger l’ordre établi, à condition d’avoir la tête qu’il faut, ou de venir de la bonne famille.
Une bannnière flotte au loin. Parti Démocratique Gabonais, y lis-je. Mais non, un effet de la réfraction.  C’est Confédération Générale des Travailleurs. Mais je n’en ai pas moins envie de m’échapper.
Un militant s’infiltre pour distribuer ses tracts : Osons la Culture ! Flatteries pour institutions loyales, lauriers  pour dévoués enseignants de l’éducation nationale, rien pour   les créateurs.
Sale engeance que le créateur,  créature qui emmerde la gauche libertaire et la droite libérale avec ses revendications. Il veut être payé pour ses oeuvres, alors que la bible l’a prouvé : l’argent est sale. Filles cadettes de l’église, gauche de droite et droite de gauche exigent le tout gratuit, et crient tout à la fois  Mort à l’épicier arabe ce patron capitaliste !
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La vénalité incarnée

La vénalité incarnée

 

Alors Cégété, alors ambiance bon enfant, du soleil dans les yeux, des particules de monoxyde plein les narines, et moi tout à fait convaincue : ici fini le règne sans partage de quelques-uns contre tous les autres. Ici  la Culture est une priorité pour le peuple. La preuve, on la pirate sur le net, délivrant au passage nos données personnelles à Facebook, Google et Cie. Gratos.
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Les partis uniques en ont rêvé, Google et Facebook l'ont fait

Les partis uniques en ont rêvé, Google et Facebook l’ont fait

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Et elles marchent main dans la main, la dictature libertaire et la démocratie libérale.
Le dictateur traditionnel, il vient te chercher pour te jeter en prison, et tu résistes un peu.
Au démocrate moderne, tu te livres tout seul, et des fois tu paies pour qu’il te séquestre.
Vie privée, anomalie dans l’histoire de l’humanité ? La liberté aussi, qui n’est pas tout à fait normale. La Culture également, qui en est une dangereuse garantie. Et le droit d’auteur, je t’explique même pas.

2 Responses to Comment j'ai marché pour le culte de la culture

  1. François Prunier 31 mars 2014 at 16 h 25 min #

    Ils n’auraient pas dû t’obliger à marcher.

  2. Jacques Cyris 1 avril 2014 at 23 h 39 min #

    J’ai bien ri, et me suis rappelé le défilé. Merci’n dy !

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