Les artistes thaïlandais sont des crétins, sauf Polanski

« J’ARRÊTE DE CHANTER ! »


Non, ces mots ne sont pas empruntés à L’homme tout neuf ci-dessus, mais à Norbert Epandja, un troubadour non gouvernemental  qui   préside un syndicat d’artistes gabonais.

Norbert, donc, arrête de chanter.

Le gréviste de la voix  ne reprendra la chanson qu’après dédommagement de sa corporation, spoliée, depuis trente ans, par une corruption méthodique.

Il demande 23 milliards. De francs CFA. CFA = Communauté Franco-Africaine = Colonie Française d’Afrique. Le franc CFA a donc la valeur exacte de l’ancien franc : nous parlons bien de 35 millions d’euros.

C’est que la démocratie gabonaise, pour manifester son indépendance culturelle, et à défaut de proclamer son indépendance monétaire, accapare, depuis 1975,  la gestion des droits d’auteurs de ses artistes nationaux.

Avant, c’était la SACEM.

Mais désormais, l’état redistribue lui-même les droits dont il assure la collecte. Or cette manne disparaîtrait, depuis trente ans, dans les poches percées de quelques fonctionnaires véreux ?

Difficile à croire…

D’autant que l’ANPAC,  Agence Nationale de la Promotion Artistique et Culturelle gabonaise, protège les intérêts des créateurs.

Certes cet organisme ronflant était endormi depuis sa création, en 1983. Mais il  est sorti de sa léthargie 25 ans après sa naissance, pour organiser, à Libreville, sa première journée Portes Ouvertes. Ce fut l’occasion de  lancer un appel aux mécènes.

Car l’état dissipant les droits d’auteur qu’il collecte, il est normal que le domaine privé subventionne la création.

Pourquoi, au fond, l’état verserait-il de l’argent aux artistes,  même s’il leur en a emprunté ?

Et d’une manière générale, les fonds publics ne sont-ils pas, d’abord, voués à subventionner les comptes personnels de quelques personnalités privées ?

Tout ceci  n’est guère difficile à comprendre, ni à accepter.

Pourtant,  le syndicat présidé par le troubadour en grève  a déposé une plainte au conseil d’état de l’homme tout neuf.

Mais Ali Ben, né Alain Bernard, fils de, Brand new man et artiste lui-même, sera-t-il sensible à l’étrange ritournelle des grévistes ?

Et Patience Dabany ?

La mère de ( Alain Bernard ),  ex-femme de, et artiste elle-même de ( les Etats-Unis ), entendra-t-elle cette drôle de mélodie qu’on chante aussi dans les rue de Paris…

Ne nous moquons pas  des gaboniaiseries.

Nous avons nos  franchouillardises.

Lui, il s’appelle Frédéric, neveu de, fils de, parrain de, ministre de.

Certes, il  n’a pas eu la carrière de chanteur d’Ali Ben.

Il n’est pas, à proprement parler,  un Brand new man.

Mais il a brillé dans le cinéma des sixties et la littérature-vérité du début de ce siècle.

Et il reluit, encore…, dans le gouvernement Sarkozy, dans la loi Hadopi, dans l’affaire Polanski, dans  les jeunes Thaïlandais.

Alors croyez-vous qu’il a le temps d’écouter les exubérantes doléances des corporations d’artistes anonymes ?

Et d’une manière générale, ne faut-il pas, d’abord, et en tous lieux, protéger les puissants pour qu’ils  profitent des crétins.

L’inégalité, après tout,  est un principe fondamental et parfaitement  naturel.

5 Responses to Les artistes thaïlandais sont des crétins, sauf Polanski

  1. Martin Roi 9 septembre 2010 at 17 h 29 min #

    Quelle plume ! C’est drôle, c’est incisif… ça détend après une journée de boulot (et oui, j’avoue, je lis les blog de mon bureau). Qu’est-ce qu’il veut dire Donation Alphonse François, besoin de canin ? Parce que le blog est mordant ?
    Vite, le prochain épisode, viiiiiiiiiiite !!!!!

  2. bruno 11 septembre 2010 at 10 h 53 min #

    C’est si juste. N’oublions pas notre prince Jean. Il aurait pu être le président des « Éditions Pour Artistes Décomplexés ».

  3. Alban-Désiré 13 septembre 2010 at 19 h 06 min #

    Vraiment quelle plume! Talentueuse sans faire exprès Dame Bessora….

  4. francois 22 septembre 2010 at 13 h 00 min #

    Bien balancé
     » Et d’une manière générale, ne faut-il pas, d’abord, et en tous lieux, protéger les puissants pour qu’ils profitent des crétins.

    L’inégalité, après tout, est un principe fondamental et parfaitement naturel »

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  1. Bessora Blogue - Nous partîmes 20, mais par un prompt renfort… - 31 mars 2013

    […] Deuxièmement, je devais revoir mon jugement sur les agences culturelles gabonaises… […]

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